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  • Photo du rédacteurLa Nouvelle Orléanaise

Anne Rouillé, céramiste amoureuse de la terre


Clara & Anne

L’atelier de poterie OterreFeu se trouve sous les arcades de la Place Louis XI à Orléans ; un cadre à l’effet apaisant immédiat pour celui ou celle qui s’y aventure. Au rez-de-chaussée, Anne Rouillé vend ses créations : de l’utilitaire (assiettes, bols, porte-savons…), des objets de décoration, des suspensions, des lampes ou encore des bijoux. C’est à l’étage qu’il faut aller pour découvrir son atelier, constitué d’un plan de travail, de quatre tours de potier* électriques et d’un four capable de chauffer jusqu’à 1250°C.

J’ai rencontré Anne alors que je souhaitais m’initier à la poterie, “créer de mes mains”, et peut-être aussi ressentir les effets relaxants de la terre. J’avais réservé une séance d’initiation au tournage à la fin du mois d’août 2022. Pendant deux heures, Anne m’a expliqué comment façonner, tourner, puis tournasser (c’est-à-dire affiner la pièce). Quelques semaines plus tard, je récupérais, fière de moi, deux petites tasses qu’elle avait affinées, cuites et émaillées. Au fil du temps, nous sommes devenues amies. C’est donc à la fois pour son talent et pour notre lien d’amitié que je souhaite lui consacrer mon premier article sur les personnalités qui rendent la ville d’Orléans agréable à vivre.

Je suis allée la rencontrer dans son atelier le vendredi 27 janvier pour lui poser quelques questions sur elle et son métier, et j’en ai profité pour questionner son apprentie : Clara. Plus tard, le 2 février, j’allais à la rencontre de clientes inscrites à des cours de poterie.

L'atelier de poterie OterreFeu

Le 27 janvier 2023


LNO*: Anne, peux-tu te présenter ?

Anne: Je suis céramiste à Orléans depuis 2020, mais je suis originaire de la région parisienne. Je travaille le grès émaillé : une argile particulière qui peut cuire et vitrifier à haute température. Je ne fais pas que produire: je forme des apprentis, mais aussi des clients via des cours à l’année ou au carnet.


LNO: Dis-nous ce qui t’a amenée à devenir céramiste justement.

Anne: Il y a quelques années, l’entreprise pour laquelle je travaillais a refusé de m’embaucher en CDI. Je me suis retrouvée au chômage… Avec le recul, cette période a été bénéfique car elle m’a permis d’arriver là où j’en suis aujourd’hui: j’ai pu voyager pendant trois mois en Inde et tester le WWOOFING* en France. Au cours, de cette dernière expérience, j’ai fait la rencontre d’une potière. Manger les repas dans les assiettes qu’elle avait fabriquées de ses mains donnait un autre sens à ce rituel, plus de valeur aussi. J’ai senti qu’une nouvelle voie s’ouvrait à moi. J’ai alors décidé de me former dans une école* en région parisienne avant de créer mon propre atelier dans le garage de mes parents. J’y ai travaillé pendant quatre ans.


LNO: Pourquoi avoir choisi de t’installer à Orléans?

Anne: J’ai rencontré mon compagnon, qui me soutient énormément, et lorsque nous avons choisi Orléans comme lieu de résidence, j’ai vu qu’il n’y avait pas d’atelier de poterie dans la ville. J’avais une chance à saisir!


LNO: As-tu d’autres projets?

Anne: Oui! Les clients ont déjà la possibilité de louer un tour portatif pour plus d’autonomie, donc l’idée serait de leur permettre de louer sur place un four de basse température. Sur le moyen-terme, j’aimerais beaucoup me lancer dans la production de porcelaine qui, comme le grès émaillé, cuit à haute température. J’envisage aussi de transformer le rez-de-chaussée, qui sert pour le moment de boutique, dans l’optique d’avoir plus de place pour accueillir les clients stagiaires. Enfin, j’adorerais qu’une école de poterie ouvre à Orléans; il y a vraiment de la demande!


LNO: Qu’est-ce que tu apprécies le plus en tant que artisan-commerçante à Orléans?

Anne: J’aime les rapports humains, que ce soit avec les enfants ou les adultes, mais également mon environnement de travail. L’endroit est agréable, et je suis entourée d’autres commerces.

Être au cœur d’Orléans me permet aussi de rencontrer différents nationalités et de pratiquer l’anglais. J’ai déjà reçu des Belges, des Hollandais, des Anglais, des Américains du Nord et du Sud, etc.


LNO: Comment peut-on te trouver sur les réseaux?

Anne: J’ai mon site internet, ainsi qu’un site Facebook et Instagram.


LNO: Pour conclure avec toi Anne, quel est le secret pour réussir à créer?

Anne: Je dirais qu’il faut savoir être patient et indulgent, avec soi-même et avec la terre; enfin, être dans l’instant présent pour ressentir les effets relaxants et thérapeutiques de la terre.


LNO: Clara, peux-tu raconter en quelques mots ton parcours?

Clara: Plus jeune, j’avais des difficultés scolaires. Je n’arrivais pas à trouver ma voie. Et finalement, j’ai vu que le lycée Henry Moisand, à Dijon, proposait un CAP tournage. J’étais intéressée par ce domaine. La première année, j’alternais entre les cours à l’école et des périodes de stages. Actuellement, je suis en deuxième année de CAP. J’ai été embauchée par Anne il y a quelques mois, et je me sens progresser plus vite car elle me pousse à sortir de ma zone de confort tout en me rassurant par ses conseils et sa présence. Je peux désormais donner des cours aux clients et tenir la boutique si besoin.


Le 2 février 2023


Ce jour-là, j’ai rencontré trois clientes stagiaires.

Agnès, retraitée avec onze séances de tournage à son actif: « J’aime venir ici. Anne est super; je rencontre des gens différents tout en créant des objets qui ont de la valeur, car la valeur d’un objet vient de l’amour qu’on a mis dedans. »

Chloé, en congé maternité, en est à sa troisième séance: « Faire de la poterie me détend: je me concentre sur la terre et rien d’autre… Et puis le lieu est petit, chaleureux. »

Françoise, retraitée, en est quant à elle à sa deuxième séance: « Cela faisait très longtemps que j’avais envie d’apprendre; Anne et Clara sont très pédagogues ».


Anne & Agnès

La Nouvelle-Orléanaise

 

Notes:

Tour de potier : outil permettant de façonner l’argile avant l’étape de tournassage, qui consiste à ôter l’excès d’argile sur les pots et à former les pieds.

LNO: La Nouvelle-Orléanaise

WWOOFING: World Wide Opportunities On Organic Farms. C’est un réseau qui permet de mettre en relation des bénévoles et des fermes biologiques.

L’école où Anne s’est formée: « Céramuse », (elle n’existe plus aujourd’hui).


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